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La Fondation Caisses d Epargne réinvente le non lucratif professionnalisé

Avec 10 000 places en établissements gériatriques en 2010, 10 000 places en soins à domicile pour aînés et handicapés et 10 000 jeunes aidés annuellement dans leur lutte contre l'illettrisme, la Fondation des Caisses d'Epargne (FCE) pour la Solidarité réinvente le non lucratif professionnalisé. Il s'agit là d'un altruisme à l'anglo-saxonne (la Fondation). Celui-ci trouve à financer son activité, crée des procédures et normes qui en assurent la pérennité et peuvent en faire un modèle alors que l'Etat se désengage. Explications à l'occasion du colloque Diagonales-Phosphore-Notre Temps-Notretemps.com-Seniorscopie.com le 22 octobre au musée des Arts premiers.

 

Le président du groupe Caisse d'Epargne, Charles Milhaud, est davantage connu pour son pragmatisme managérial et son redoutable appétit bancaire. Pourtant, lors du lancement des événements accompagnant le cinquième anniversaire de la Fondation des Caisses d'Epargne pour la solidarité, il a insisté sur l'obligation morale existant pour les grands groupes de redistribuer une part de leurs profits.

La Fondation Caisse d'Epargne pour la Solidarité, aujourd'hui dirigée par Didier Tabuteau, a donc été créée avec pour objectif, la lutte contre l'exclusion à tous les âges. Ce combat passe par la remise à niveau des jeunes illettrés détectés lors des journées d'appel, qui ont remplacé le service national. En 2006, 1000 jeunes auront été accueillis dans dix centres. Mais l'objectif est fixé à 10 000 pour 2010. La Fondation s'assure le concours de tuteurs bénévoles. Elle compte parmi eux des sociétaires de la banque, des salariés et des retraités concourant à leur réapprendre – après formation – l'écriture, la lecture et le calcul.

6000 personnes suivies à domicile

Actuellement, la Fondation (126 millions d'euros de ressources) emploie 3000 collaborateurs salariés, et dispose de près de 5000 places d'accueil de personnes âgées en établissements. Elle suit 6000 personnes (aînés et handicapés) à domicile.

Le directeur général de la fondation est l'auteur des Contes de Ségur (Editions Ophrys), un ouvrage sur les coulisses de la politique de santé. Didier Tabuteau est aussi énarque et polytechnicien. Le choix pour ce poste de l'ancien directeur-adjoint, ou directeur, des cabinets ministériels de Claude Evin, Martine Aubry, Bernard Kouchner et co-directeur de l'Institut droit et santé de l'université Paris V montre l'importance que le groupe Caisse d'Epargne attache à un développement exemplaire des activités de la Fondation.

Selon lui, le passage de 21 établissements au sein de la fondation en 2003 (1800 places) à 72 en 2006 (près de 5000 places) s'est effectué sans à-coups, ni ambition de faire du chiffre. Celle-ci reprend souvent des établissements, à la demande de congrégations que le vieillissement ou la diminution d'effectifs empêche de continuer à les gérer, de collectivités territoriales ou de responsables impuissants devant l'évolution du besoin.

Une attention particulière pour le Centre-France délaissé

Une attention particulière est portée aux zones vieillissantes (Centre-Massif central) peu ou mal pourvues. Le passage sous l'égide de la Fondation permet, après étude, d'évoluer, d'estomper parfois la part d'amateurisme, qui peut accompagner un développement local ou associatif, afin de parvenir à un développement rationalisé. Celui-ci passe par une mise aux normes sanitaires, comptables, permettant d'améliorer le service sans trahir l'esprit du lieu.
"La standardisation de la gestion financière et de la gestion des risques (légionellose, fugues, accidents…) permet l'amélioration du service dans la sauvegarde de l'identité du lieu. On maintient les services religieux là où ils existent et le lever des couleurs si nous reprenons une maison issue du monde combattant."

L'intégration à la Fondation se traduira le plus souvent par une amélioration des conditions conventionnelles de travail du personnel, un renforcement de l'encadrement autour des lits "même si l'on est encore qu'à 0,6". Soit un mieux par rapport à la moyenne nationale de 0,4. Elle se traduit aussi par une démarche de qualité.

L'intégration passe encore par une restructuration de maisons conçues, il y a encore moins de vingt ans, pour des gens valides. Ils venaient alors y trouver un foyer chauffé. Ils ne constituaient pas, comme aujourd'hui, un public de désorientés qui amènent à expérimenter diverses formules pour répondre aux besoins perçus (cantous…).

Un développement en réseau

Le développement évoqué mène à l'établissement de référentiels. C'est un développement en réseau pour offrir un service actualisé.
"Nous appartenons au secteur privé à but non lucratif avec des établissements entièrement conventionnés et des prix de journée de 50 à 60 euros en province. Nos tarifs relèvent de l'offre classique du secteur associatif mais avec des prestations supérieures".

Le président du groupe Caisses d'Epargne et le directeur général de la Fondation présentent ainsi un modèle économique reposant sur le financement des établissements de manière classique par la perception des prix de journée prévue. Mais la forte rationalisation des coûts permet d'optimiser la qualité du service à prix égal.

"Nous sommes très sollicités. Mais nous allons en priorité là où nous décelons un besoin" explique Didier Tabuteau. La fondation subventionne le développement et la recherche de l'optimisation des services dans un établissement. Mais celui-ci doit trouver son équilibre par les financements normaux au bout de deux/trois ans."

Grosso modo, le conseiller d'Etat Didier Tabuteau définit avec son président Charles Milhaud un modèle socio-économique viable. Ainsi, la Fondation répond-elle au désengagement de l'Etat qui se recentre sur la technicité de l'hôpital au détriment de missions sociales concédées au privé.

Thérapie par l'art pour les traumatisés psychiques

La création de places a ici été maîtrisée afin de répondre dans les toutes prochaines années au rush du mamy boom (années 1918-1925). Celui-ci précèdera une décélération de la demande de places en établissements. Ceux-ci servent aussi de champs d'expérimentation pour des innovations.
L'EPHAD de Poët-Laval (Drôme) a ainsi été transformé en Foyer d'accueil médicalisé pour personnes affectées par un traumatisme psychique. Il se caractérise par le suivi médicalisé et personnalisé des patients mais aussi l'usage d'une thérapie intégrant l'art.

On observera encore que la Fondation a signé une convention avec le Commissariat à l'énergie atomique pour promouvoir des projets de recherche appliquée bénéficiant à des handicapés moteurs.

Le recrutement d'un haut fonctionnaire, le transfert de la capacité d'initiatives professionnalisées et normalisées de l'Etat au privé et l'extension des activités d'intérêt collectif évoquent davantage un mode de fonctionnement britannique ou américain que les habitudes françaises. Celles-ci laissaient jusqu'à présent à l'Etat l'initiative en matière de politique publique. Est-ce fini ?

Cette orientation novatrice est aussi développée avec la tenue de colloques permettant d'alimenter le débat et de faire progresser l'intégration sociale.
Ainsi, un colloque est-il organisé le 22 octobre sur "1, 2,3,4,5… quelles solidarités entre les générations ?" avec le concours de penseurs de premier plan (Pierre Rosanvallon, Pascal Bruckner…) et du groupe Bayard (Notre Temps, Notre Temps.com, Phosphore, Seniorscopie.com). Agnès Rochefort-Turquin, directrice de la recherche et des études de Bayard, développera à cette occasion les implications du pari de l'intergénérationnel pour un groupe de médias.
Inscription gratuite mais obligatoire.

Source : www.seniorscopie.com