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Le vieillissement de la population‚ eldorado des entreprises de services à la personne

Dans dix ans‚ la demande de services à la personne à destination des aînés pourrait doubler. Les entreprises du secteur‚ encore marginales par rapport aux associations espèrent bien se tailler la part du lion de ce marché prometteur. Elles souhaitent également rassurer les clients en mettant en avant un service de qualité qui passe avant tout par la valorisation et une rémunération confortable des personnels.

 

"Le vieillissement de la population va faire exploser la demande de services à la personne". C'est en ces termes que le président de la Fédération des entreprises de services à la personne (FESP) Jacques Manrado a accueilli les participants des premières assises de la profession‚ réunis mercredi 27 septembre à Paris. L'occasion également de fêter le onzième anniversaire du Syndicat des entreprises de services à la personne (SESP). Membre du Medef‚ ce syndicat "discret mais efficace"‚ dixit Jacques Manardo a su en une décennie imposer les entreprises au sein d'un secteur chasse gardée du milieu associatif.

Depuis l'ouverture de ce "marché" en 1996 aux opérateurs privés‚ plus de 1600 entreprises ont été créées‚ même si aujourd'hui les opérateurs privés ne peuvent rivaliser en nombre avec les associations (il en existe environ 6000). Une aubaine face au chômage : avec 65 000 emplois créés au premier semestre 2006 et un taux de croissance de 8%‚ le secteur des services à la personne se développe rapidement. Le ministre de la Cohésion sociale‚ Jean-Louis Borloo‚ espère d'ailleurs la création de 500 000 emploi en trois ans‚ soit près de 170 000 emplois chaque année pour les trois années à venir‚ grâce à son plan de développement des services à la personne (lire notre édition du 21/02/2005). "On compte désormais sur nous pour faire tourner la machine à créer des emplois"‚ note un participant des assises de la FESP.

Vers un doublement de l'aide aux personnes âgées en dix ans

Ce gisement d'emplois devrait avoir encore de beaux jours devant lui tant la situation démographique (vieillissement de la population‚ accroissement de la natalité) et sociale (forte augmentation du taux d'activité féminin‚ nouvelle gestion des contraintes de vie‚ etc.) de la population française augurent d'un besoin accrû de services personnalisés à domicile. En premier lieu‚ l'aide aux personnes âgées‚ "métier historique des services à la personne"‚ selon Dominique Léry‚ directrice associée du réseau Adhap Services‚ un centre d'assistance spécialisé dans le maintien à domicile des personnes en difficulté. Elle estime qu'environ 600 entreprises se sont créées dans le secteur des services aux personnes âgées entre 1996 et 2006.

En 2006‚ 21% de la population a plus de 60 ans. Dès 2010 les sexagénaires et leurs aînés devraient représenter un quart des Français et dépasser le tiers de la population en 2035. Jean-Noël Lesellier‚ responsable de la création d'entreprises au sein du SESP estime d'ailleurs que la demande de service dans le secteurs de l'aide au personnes âgées "devrait doubler d'ici dix ans. Les entreprises auront beaucoup plus de chance que les associations de se tailler la part du lion."

"Face à l'augmentation du nombre de personnes dépendantes‚ il faut trouver des solutions"‚ ajoute le vice-président de la FESP‚ Maxime Aiach‚ qui dirige la société de soutien scolaire Acadomia. "Aujourd'hui‚ une place en maison de retraite coûte entre 25000 et 35000 euros par an‚ tout le monde ne peut pas se le permettre. Il y a donc de la place pour les opérateurs qui favorisent le maintien à domicile des personnes âgées."

Assurer un service de qualité pour survivre

Tous s'accordent néanmoins pour dire que ce secteur ne se développera pas à n'importe quel prix. Les opérateurs privés ont longtemps été accusés de préférer le rendement à la qualité du service rendu‚ ce que réfutent les intéressés. "S'il est vrai qu'il reste des freins idéologiques forts‚ les choses évoluent car nos entreprises ont su développer une démarche qualité forte. Désormais‚ seules celles qui misent sur une bonne organisation sans transiger sur la qualité du service pourront durer"‚ prévient Dominique Léry.

C'est le cas de la société M&D‚ fondée en 2003. Cette société prestataire spécialisée dans l'aide au maintien à domicile des personnes âgées met à disposition de ses clients des auxiliaires de vie. Toutes ont suivi une formation qualifiante et disposent de plusieurs années d'expérience. "Ce métier est encore trop souvent considéré comme un petit boulot‚ alors qu'il ne s'apprend pas du jour au lendemain et requiert de sérieuses compétences"‚ explique Michel Mazet‚ son co-fondateur. Pour s'assurer de la motivation de ses salariés‚ cet ancien expert comptable n'hésite d'ailleurs pas à valoriser leur travail. "Tous nos salariés sont embauchées en CDI‚ dont les trois quart à temps plein"‚ assure-t-il. "Leur rémunération est supérieure à la moyenne du marché et ils perçoivent des primes liées à la satisfaction des clients."

Reste que le tarif de la prestation demeure plus élevé que dans le secteur associatif : 28 euros par heure passée au domicile du client‚ soit près du double des tarifs pratiqués dans le secteur associatif. "Nous sommes plus chers‚ mais nous rémunérons mieux nos salariés. C'est un prix élevé‚ mais pourquoi leur salaire de référence devrait être celui d'une femme de ménage alors que leur métier est plus exigeant ?"‚ se défend-il. "Aujourd'hui‚ notre prix est accepté car nous faisons plus et mieux que nos concurrents du secteur associatif." Pour Jean-Noël Lesellier‚ rien de plus normal : "si les salariés se sentent valorisés‚ ils sont plus heureux et ont plus envie d'aider. Si nous prouvons que nous sommes de bons professionnels‚ nous feront sauter peu à peu les obstacles idéologiques." "On peut se permettre de monter ses prix lorsque l'on propose de la qualité‚ même si beaucoup d'entreprises souhaitent rester compétitives"‚ indique pour sa par Dominique Léry.

Le Cesu : une "formidable opportunité" qui peine à démarrer

Reste que la qualité ne fait pas tout. La simplicité de recours aux services à la personne est de plus en plus plébiscitée par les ménages. A ce titre‚ le Chèque emploi-service universel (Cesu)‚ mis en place au 1er janvier 2006‚ connaît un démarrage un peu lent. Il s'agit d'une des mesures phares de la loi Borloo du 26 juillet 2005‚ un nouveau mode de paiement‚ censé être simple‚ pratique et efficace pour payer tous les services à la personne effectués à domicile par un salarié indépendant ou un organisme agréé. Censé remplacé le Chèque emploi-service (CES) et le Titre emploi-service (TES)‚ le Cesu ne représente par exemple que 6% des paiements chez O2‚ prestataire de ménages et gardes d'enfants à domicile. "Il demeure encore beaucoup de confusions entre l'ancien CES et le Cesu"‚ note Hervé Thomas‚ directeur général de Sodexho CCS et président du centre de remboursement du Cesu (CR-Cesu).

"Contrairement au TES‚ le Cesu bénéficie d'une certaine notoriété"‚ estime pour sa part le directeur associé de O2‚ Guillaume Richard. "Néanmoins‚ il subsiste une certaine confusion entre le Césu préfinancé [délivré par l'employeur sur le principe du chèque restaurant‚ ndrl.] et le Cesu bancaire"‚ que les particuliers se procurent auprès d'une banque. Sans oublier la gestion administrative du chèque que Guillaume Richard trouve "trop lourde et trop chère".
Le directeur associé de O2 ne désespère pas pour autant quant à l'avenir du Cesu‚ persuadé‚ qu'il peut d'ailleurs être une "formidable opportunité" pour la profession. "Il nous a permis de toucher une clientèle qui n'était jusqu'ici pas habituée aux services à la personne".

Philippe Rambaud‚ président de Domiserve‚ un des six émetteurs de Cesu‚ rappelle que la mise en place du Cesu est "nécessairement liée à un besoin". "Aujourd'hui‚ 90% des plans d'aides élaborés dans le cadre de l'Allocation personnalisée d'autonomie [près d'un million de bénéficiaires] concernent les services à la personne." Selon lui‚ un département sur trois serait donc amené à utiliser le Cesu dans le cadre du versement de l'APA d'ici 2010. Les volumes d'émission du chèque universel dans les administration et collectivités locales pourraient alors atteindre entre 1‚2 et 1‚5 milliard d'euros. De quoi encourager encore plus le développement du secteur.

Source : www.seniorscopie.com